Humanitaire, Développement, Urgence

DOMAINES. Accompagner des populations dans un redressement économique à long terme ou juste après un séisme meurtrier n’implique pas les mêmes actions. Urgence, post-urgence, développement : comprenez les différents types d’approche humanitaire.

Contexte 

Humanitaire : de quoi parle-t-on ?

Selon le dictionnaire Larousse, l’adjectif « humanitaire » qualifie « ce qui s'intéresse au bien de l'humanité, qui cherche à améliorer la condition de l'Homme ». L’action humanitaire est destinée principalement aux populations les plus vulnérables. Elle s’exerce au nom de la solidarité, mais s’inscrit également dans une perspective d’échange. Elle doit viser, sans aucune discrimination et avec des moyens pacifiques, à préserver la vie dans le respect de la dignité et à restaurer l’homme dans sa capacité de choix. 

Un exemple concret ? Le Comité International de la Croix-Rouge a développé à l’usage de ses équipes un « code de conduite » de l’action humanitaire, qui énonce leurs principes humanitaires (exemples : « Nous respecterons les cultures et les coutumes », « Nous nous efforcerons de ne pas servir d'instrument à la politique étrangère des gouvernements », etc.) 

Une intervention d’urgence se déroule à la suite d’une crise naturelle ou humaine : l’aide humanitaire s’organise pour intervenir au plus vite et ainsi sauver des vies. Le plus souvent, les actions humanitaires d’urgence ne sont pas développées en partenariat avec les acteurs « associatifs » locaux. Les autorités publiques du pays concerné autorisent l’entrée des acteurs internationaux sur le territoire national, afin de porter secours et assistance aux populations qu’elles ne peuvent atteindre.

Ces actions s’inscrivent généralement sur du court ou moyen terme, contrairement aux actions humanitaires de développement. Elles peuvent être suivies d’actions de post-urgence et de réhabilitation, qui participent à la reconstruction de la région ou du pays.

Exemple : Médecins Sans Frontières s’est donné pour principal mandat l’intervention en contexte d’urgence (apport des soins, de kits médico-social...). Leur charte spécifie qu’ils viennent au secours des populations en détresse.

Une action de développement s’inscrit généralement dans le long terme. Elle implique les populations et les institutions locales et vise à leur autonomie. Cette aide au développement répond à des problèmes structurels et durables, gênant le développement économique, éducatif, social, culturel, de santé, etc.

Exemples: les sensibilisations à l’hygiène, au VIH, la réhabilitation de bâtiments…


Evolution

Le courant caritatif trouve ses sources lointaines dans les congrégations et les ordres religieux. Il est renouvelé par le courant humanitaire qui trouve ses origines dans les réactions aux conflits du XIXe siècle. On considère ainsi que l’humanitaire d’aujourd’hui est né après la bataille de Solferino de 1859 : témoin de l’hécatombe, Henry Dunant improvise des secours pour aider les soldats des deux camps et lance en 1863 les bases du Mouvement international de la Croix-Rouge.

Par la suite, les ravages des deux guerres mondiales suscitent un élan de solidarité : on assiste, notamment en Europe, à la création des premières associations et ONG. Leur mission principale est de venir en aide aux populations affaiblies et appauvries par les conflits, au niveau local, national ou international. De leur côté, les Etats se regroupent au sein de l'Organisation des Nations Unies (ONU), créée en 1945 et qui se veut une organisation internationale capable de maintenir la paix et la sécurité internationales (Article 1 ; Chapitre 1 de la charte des Nations Unies). Dans ce cadre, ils se dotent au fil du temps d’agences spécialisées (UNICEF…) qui contribuent également à l’aide humanitaire internationale. 

C’est aussi la période du développement des chantiers de jeunes bénévoles et des associations d’envoi de volontaires pour aider au développement de pays du Sud.

Dans les années 70, c’est la naissance du mouvement « sans frontières » pendant le conflit du Biafra. Ces « sans frontiéristes » revendiquent un geste humanitaire qui ne doit être ni empêché, ni limité par les frontières internationales. Leur mission est de « soigner, témoigner et observer ».

Dans le monde, au cours des 50 dernières années, l’aide humanitaire d’urgence et de développement prend une nouvelle ampleur, face à la multiplication des conflits et à l’aggravation du réchauffement climatique, déclencheur de catastrophes naturelles à répétition. On note aussi la reconnaissance publique de l’action humanitaire d’urgence dans les années 1990, avec la création du service de la Commission européenne chargé de l'aide humanitaire et de la protection civile à l'échelle internationale (ECHO) en 1992 et les premiers Prix Nobel de la Paix décernés à des associations/ONG (Handicap International en 1997 puis Médecins sans Frontières en 1999). Depuis le début des années 90, on constate également une plus grande attention portée par les acteurs de la solidarité et le public aux questions environnementales et de développement durable.

Multiplication des acteurs humanitaires, contextes d’intervention volatiles, confusions entre acteurs humanitaires et militaires, exposition médiatique grandissante : les terrains d’intervention sont aujourd’hui de plus en plus complexes. Et la solidarité s’exprime désormais dans de nombreux domaines : l’humanitaire mais aussi le développement durable, l’économie sociale et solidaire, l’insertion…


Acteurs

  • Les associations/ONG sont les acteurs les plus connus de l’aide humanitaire. Elles agissent aussi bien dans les situations d’urgence que de développement, certaines étant spécialisées dans l’un ou l’autre de ces aspects. Par exemple : Médecins du Monde, Handicap International, Action contre la Faim, Première Urgence Internationale, Solidarités International.

  • Les collectivités territoriales mènent également des missions humanitaires de développement, dans le cadre de la coopération décentralisée.

  • Les États, les institutions internationales et les fondations peuvent également jouer un rôle important, notamment en délivrant des fonds. Certains disposent d’un fond réservé aux situations d’urgence : c’est par exemple le cas du service de la Commission européenne chargé de l'aide humanitaire et de la protection civile à l'échelle internationale (ECHO).

Métiers 

Les sièges des associations/ONG d’urgence ou de développement ont un fonctionnement  proche de ceux d'entreprises. On y retrouve par exemple un grand nombre de fonctions transversales, identiques aux autres secteurs d’activités : ressources humaines, finances, communication, etc.

Ce qui distingue véritablement une association/ONG, c’est la présence de fonctions de gestion de programmes et de métiers de « terrain ». Nombre d’organisations de solidarité ont ainsi un service « missions » ou « desk », composé de référents thématiques ou géographiques qui assurent le suivi des programmes en lien avec les équipes terrain.

Dans l’humanitaire, il y a donc besoin de toute une palette de métiers, ici et là-bas : Logisticien, Responsable des Ressources Humaines, Coordinateur de projet, Chargé de communication, Chargé de plaidoyer…

En savoir plus


Sur Internet​  A lire
  • « Dictionnaire pratique de l’humanitaire », RUBIO, François, HURE, Christelle, Ellipses, 2010.
  • « L’action humanitaire », Le COCONNIER, Marie-Laure, POMMIER, Bruno, PUF, 2009.
  • Humanitaire. S’adapter ou renoncer ?, P. Micheletti (Hachette, 2008)
  • Une histoire de l'humanitaire, P. Ryfman (La Découverte, 2008)

Cet article a été écrit en collaboration avec l'Institut Bioforce

L’Institut Bioforce est l'école humanitaire de référence pour ceux qui souhaitent agir au plus près des populations vulnérables. Il accompagne depuis plus de 30 ans les acteurs engagés dans l’humanitaire et le développement : chaque année, plus de 2500 personnes concrétisent leur engagement avec Bioforce.

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